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Thème III - L'intégration

 
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 Intemporelle •• LIBRE - abandon

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Toile d'Araignée
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MessageSujet: Intemporelle •• LIBRE - abandon   04.06.17 13:07




attends que la musique commence pour lire !



Il lui fallut un moment avant de comprendre que des larmes mourraient sur son pelage d'argent. La pluie s'abbatait sur elle, l'enveloppant d'un linceul liquide, couvrant ce qui serait un jour son domaine, trop près de celui des hommes.
Des stries mouvantes départageaient son poil en masses hirsutes, sans parvenir à s'infiltrer dans l'épais sous-poil, à l'intérieur de la carapace veloutée.
Ses yeux se levèrent vers le ciel un instant.
L'ambré se heurta au gris, l'or frappait l'anthracite.
Les nuages ne lui renvoyèrent aucune réponse.

Troupeau déchaîné, béliers aux sabots ferrés de titane, ils galopaient en hordes furieuses, frappant la voûte céleste qui vibrait d'échos que les hommes nommaient tonnerre. Araknée, elle, semblait voir les animaux lancés dans des duels meurtriers, leurs cornes s'entrechoquant, leurs crânes butant les uns sur les autres. Cabrés en équilibre instable, ils foutaient l'air de leurs membres secs, brassant les rafales glacées, mugissant comme des milliers de bêtes courroucées. Une seule gorge pour des millions de cris retenus. Lutte titanesque, d'une envergure qu'elle n'imaginait pas.
Le troupeau se déplaçait à vue d’œil, créant une cadence qu'il fallait suivre, toisons d'argent contre laine d'ébène, zébrant parfois le ciel, ils semblaient se diriger vers le sud, enveloppant secondes après secondes Cerfblanc dans une chape brumeuse et lourde, à l'atmosphère épaisse et humide.

La pluie n'avait jamais gêné les chats de l'ombre ; elle était à l'instar du soleil et du gel, un élément qu'on rencontrait à certaines périodes de l'année et pas d'autres. Rythmant l'arrivée des grands cerfs, le départ des oiseaux migrateurs et la prolifération de moustiques dans les marais. Ces phénomènes n'étaient ni plus ni moins qu'un métronome marquant des périodes de vie qu'il fallait endurer. Coussinets écorchés, ladre brûlé, nez gercé, c'était tout simplement normal.
Mais pour les humains...
Tout était propice à la lutte.

Déjà, la guerrière voyait fleurir dans les rues des nappes de couleur vive, virevoltant au gré des bourrasques sans jamais s'envoler, solidement maintenues par un pied lustré que les bipèdes entouraient de leurs mains. Leurs cheveux se voyaient couverts d'étoffes diverses, leur pas se pressait et leurs visages se fermaient.
La pluie. Y'avait-il seulement quelque chose de plus normal en ce monde ?
Le bruissement continu des conversations s'atténuait, mouché par l'éclat de milliards de gouttes sur un sol bétonné qui n'aurait jamais dû entraver la terre mère. L'élément reprenait peu à peu ce qui lui appartenait, léchait les matériaux artificiels jusqu'à les éroder.
L'humain n'aimait pas la nature.
N'aimait pas ce qu'il ne pouvait pas contrôler, en définitive.

Les rigoles du préau sur lequel elle était perchée se muaient peu à peu en rivières miniatures, déviations sur déviations qui grossissaient le flux, jusqu'à atteindre le point de chute qu'était la gouttière rongée par la rouille. Les coussinets baignant dans les ruissellements, l'araignée avait perdu le fil de ses pensées et du temps. Absente, subjuguée par le doux clapotis d'une eau bien plus pure que celle que les hommes polluaient dans leurs bois, elle se complaisait à imaginer son avenir, à établir le plan de son ascension sociale, cochant ce qui était fait, listant ce qui restait à faire.
Le vent était dans son dos, soufflant contre sa croupe, portant son odeur à des kilomètres et masquant celle des autres. Seule la terre restait perceptible, exaltant cet arôme doux de moisissure et de mousse, ces fragrances de champignons d'écorce et de corolles fraîchement ouvertes pour l'occasion.

Elle avait perdu pied.

Son encolure s'arqua en un demi-cercle, et les yeux plongés dans ceux de sa réflexion, elle lapa les pleurs des cieux, hors du monde, hors de tout.
Intemporelle.

Des gouttes perlaient le long de ses lèvres, qu'elle eut rapidement fait disparaître d'un coup de langue habile, la tête à présent relevée. Les rouages tournaient à nouveau, semblant ne s'être jamais enrayés. Les aiguilles des horloges internes cliquetaient, au rythme des griffes qui raclaient la tôle inondé par l'averse.
Pas après pas.
Clic, clac.
Ils s'approchaient.
Clic, clac.
Le premier l'était assez pour lui jeter son empreinte olfactive à la gueule.
Clic, clac.
Deux oreilles, un regard torve.
Elle se retourna, les moustaches dégoulinantes, spectre sombre troué par deux prunelles incandescentes.

Et ses lèvres s'ouvrirent en un sourire, qui continua encore et encore à s'étendre. Dévoilant les canines, puis les incisives. Montrant les molaires et une langue impudique.
Le museau plissé, elle ne lui laissa pas le temps de bander ses muscles ; son cou jaillit comme celui d'une vipère, et ses crocs s'entrechoquèrent à quelques centimètres de son museau.
Les babines retombèrent sur un râtelier propre à lui sectionner les carotides.

» Tu pues.

... l'odeur de son clan aurait-elle pu préciser. Elle n'en jugea pas l'utilité.

Sa queue battait ses jarrets en mouvements longs et réguliers.
Si peu intéressée par sa réponse qu'elle lui tourna le dos, reprenant son observation du ballet coloré qui s'éparpillait en nappes diffuses.
Piètre compagnie.

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Esprit Soucieux
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MessageSujet: Re: Intemporelle •• LIBRE - abandon   22.06.17 21:55

J'aime la pluie. Elle lave de sainteté le paysage et les pelages, les pierres et les âmes. Son bruit continu me berce tandis que je chemine en quête de plantes, toujours plus loin dans notre territoire, jusque dans cet amas sordide de blocs de béton. J'aime son odeur profonde et riche, elle mêle des senteurs de bois mouillé et de mucus pourrissant, nourrissant la forêt. Quand il pleut, il me semble que j'arpente un monde plus pur.

Je n'aime pas la pluie. Avec ses foutues gouttes, elle perce le ciel comme une nuée d'aiguilles, et masque les formes et les intentions, noyant tout sous un déluge qui ne différencie pas les bons des mauvais - tout le monde au purgatoire, si tant est qu'un sacré bordel comme celui-ci existe. Des vapeurs putrides d'asphalte montent du sol. Je ne sens pas grand chose d'autre.

Il pleut.

Je lève la tête, jetant un regard dans le ciel, l'eau, les nuages. Les toits crépitent, leurs contours floutés par la petite brume que fait l'averse quand elle les heurte. Dans ce décor vide et bruyant, une ombre.
Une Ombre.

Toile d'Araignée s'était perchée sur un toit de tôle, la tête dodelinant. Elle buvait, l'air absente. Je m'approche d'elle. Mécaniquement, elle lance ses crocs vers ma gorge, poupée à rouages. Puis elle se campe de nouveau dans sa posture contemplative. Je me raidis, et bats l'air de ma queue. Mes oreilles clignotent, mes yeux s'allument. Ma babine tressaute.
    ─ Tu pues.
    ─ Merci chérie, je te rappelle qu'on partage notre puanteur. Enfin, au moins, je sens pas le stupre moi.

_________________
Le trio du Sheitan, une composition d'Uwny la plus belle

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